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Le citoyen du jour...


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Delphine COMBE
Son palmarès
Sa personnalité

Jean MATHON

La ville d'Aubenas a été la petite patrie d'hommes éminents, utiles à leurs concitoyens ou à leurs semblables et qui méritent plus qu'une simple mention. Les visiteurs, les amis d'Aubenas, les albenassiens eux-mêmes, seront heureux de trouver ci-après leurs noms et une courte notice sur chacun d'eux.

Jean MATHON (1807-1865)

Le 23 juin 1863, à 7 heures du soir, les cloches d'Aubenas sonnaient à toute volée, des salves étaient tirées en divers points de la ville, une foule enthousiaste, descendue dans les rues, manifestait son bonheur par des cris, des chants sans fin,
" le tambour battait, sonnant le rassemblement ".
Cette foule sautait, dansait, riait, pleurait de joie. Les illuminations improvisées ajoutaient bientôt à cette joie, à ce bonheur sans mélange.

Pourquoi ces manifestations? C'est qu'un événement, attendu depuis des siècles, mettait fin à un long passé de misère et de privation d'eau; c'est que, grâce au cœur, à la volonté, à l'énergie d'un homme, les eaux coulaient à Aubenas par l'orifice de cinquante fontaines publiques réparties dans la ville. Fini l'usage de l'eau de citerne, fini celui de l'eau de l'Ardèche par temps de sécheresse prolongée, fini celui des eaux plus ou moins contaminées qui faisaient de la typhoïde, une maladie endémique, et avaient mérité à notre pays l'appellation courante "d'Aubenas sans eau".

Tout le monde voulait goûter de la première eau venant de l'Espissard ; des infirmes, des aveugles, se faisaient conduire auprès des fontaines pour boire l'eau si longtemps désirée.
L'eau coule, les plus rapprochés la goûtent, s'en inondent le visage, s'en lavent les mains, des vieillards pleurent, "des femmes trempent pieusement leurs doigts dans cette eau," et font dévotement le signe de la croix.

Les voisins des bornes fontaines, à l'aide de gobelets, offrent de "leur eau" à tous les passants.
Quel est l'homme heureux qui a procuré cette joie à toute une population en délire? Cet homme, c'est Jean Mathon, maire d'Aubenas.

Jean Mathon était né à Aubenas (Le Pont), le 11 novembre 1807.
Son père était tanneur, sa mère marchande d'étoffes.
Il fit ses études au Collège d'Aubenas et devint moulinier. Il se maria avec Mlle Irma Bouchard, le 4 février 1833 ; elle lui apportait en dot des droits d'eau qu'il s'empressa d'utiliser en faisant construire deux moulinages, encore en marche aujourd'hui, mais qui épuisèrent leurs ressources. Ils ne se laissèrent pas décourager malgré la perte d'une partie de leur patrimoine et quelques dettes qu'ils se promirent de payer bientôt.

Jean Mathon émigra volontairement en 1841, allant chercher en Asie, à Smyrne, la soie qui manquait souvent à l'industrie française.
Il fut suivi trois mois après par Mme Mathon qui amenait avec elle trois fileuses ardéchoises.
L'industrie de la soie était primitive à Smyrne. Jean Mathon y appliqua nos procédés perfectionnés, et, en 1855, Edmond About qui avait visité ses usines pouvait dire :« Jean Mathon a fondé un établissement comparable à tout ce qu'on voit de plus parfait en France: quatre cents jeunes filles y sont employées toute l'année.»

Jean Mathon tint d'abord ses engagements et paya ses dettes. Il ne commença à travailler pour lui qu'après avoir donné ce bel exemple d'honneur et de probité commerciale. Il réalisa assez rapidement ensuite une petite fortune et après 15 années de séjour à Smyrne, heureux, et désormais à l'abri du besoin, il rentra en France en 1856, mettant, dès son arrivée, son intelligence, sa volonté, son cœur, à la disposition de sa ville natale.

II fut nommé maire d'Aubenas, en 1858, et prêta serment à la séance du conseil municipal du 30 mars de la même année.

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